Rencontre avec Manu Larcenet, auteur du Combat Ordinaire

C’est un Manu Larcenet décontracté et affable que nous retrouvons dans un petit restaurant de Nantes, juste avant sa dédicace à la librairie Aladin. Il se plie de bonne grâce à l’exercice de l’interview et ce, même si plusieurs journalistes se sont déjà succédés pour le questionner sur son travail. Il faut dire que ce n’est pas tous les jours qu’une telle figure de la bande-dessinée contemporaine se déplace !

Rencontre avec Manu Larcenet à NantesUn petit flash-back pour commencer : Manu Larcenet a longtemps collaboré au magazine Fluide Glacial où il a fait ses premières armes. Parallèlement, il a développé différents projets pour des éditeurs aussi variés que Glénat, Dupuis, Delcourt… et bien entendu Dargaud (chez qui il signe Le Combat Ordinaire en 2003, probablement son oeuvre la plus connue) et Les Rêveurs (une structure associative qu’il a contribué à créer). Aujourd’hui, il ne publie plus que chez ces deux dernières maisons d’édition, chez lesquelles il dit se sentir particulièrement bien. Il y apprécie d’être bien traité, mais surtout, il est sensible au fait que, dans ces deux structures, “on trouve des gens qui aiment vraiment les livres“. Larcenet regrette ainsi que, chez certains, la BD ne soit plus vue que comme un produit commercial… tout comme il fustige le peu d’exigence de quelques éditeurs vis-à-vis des ouvrages qu’ils publient. L’auteur du Combat Ordinaire n’y va d’ailleurs pas avec le dos de la cuillère quand il affirme que, pour lui, “il y a désormais 95% de merdes, de trucs à jeter.” La raison ? “Les éditeurs n’accompagnent plus suffisamment les jeunes auteurs sur leurs projets. Ils ne les mettent pas face à leurs erreurs. L’autre problème, c’est qu’un certain nombre de jeunes ont une vision faussée du métier : pour eux, ce qui compte, c’est la fin, autrement dit le fait d’avoir un album publié. Or, à mon avis, l’important est de réussir à raconter une belle histoire. Et ce que j’aime, c’est le travail pour y parvenir.

En parlant de travail, quelles sont les références de Larcenet ? Courbet, Cézanne et Picasso… autant de grands noms dont il admirait les tableaux lorsqu’il traînait au Musée d’Orsay à 15 ans. Larcenet poursuit alors en expliquant que, selon lui, leurs successeurs ne sont pas à chercher du côté de l’art contemporain, mais plutôt des auteurs de BD tels que Blutch et Reiser. Quelques échanges suffisent à sentir la passion de Larcenet pour l’art au sens le plus large, de la peinture au cinéma en passant par la musique.

Au delà des différentes formes artistiques, qu’en est-il du fond ?
Quand on se risque à lui rappeler que ses BD sont souvent perçues comme engagées, Larcenet se redresse et conteste : “Je ne fais que des BD non engagées. J’ai longtemps milité dans des groupuscules d’extrême-gauche, tel le Scalp, et je n’ai pas aimé ce que je devenais. Alors, bien entendu, mes albums sont le reflet de ma sensibilité. Mais je n’invite personne à suivre ce regard-là.” Et lorsqu’on évoque l’une des dernières scènes du Combat Ordinaire, les huit pages de discussions entre Marco et Pablo au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy en tant que Président de la République, Larcenet est embêté qu’on la voit comme éminemment politique. “Si les lecteurs la perçoivent ainsi, c’est que j’ai raté quelque chose“, confesse-t-il avec une sincérité touchante. “Cette séquence, c’est simplement le discours d’un homme qui a trop bu, pour finir sur un passage de témoin entre Pablo et Marco. Car ce qui constitue véritablement le thème des quatre tomes du Combat Ordinaire, c’est la transmission.

Manu Larcenet en pleine dédicace à la librairie Aladin à NantesDevant un récit accordant une telle place à l’intime, il est tentant de rechercher les similitudes entre la fiction et la vie de l’auteur. Mais Larcenet se défend de toute velléité auto-biographique : “Plus jeune, j’ai fait de l’auto-biographie chez Les Rêveurs. Mais j’ai choisi d’aller au-delà. Le Combat Ordinaire n’est surtout pas de l’auto-biographie. Bien entendu, j’insère des éléments qui me tiennent à coeur. Je m’attache néanmoins à ne pas faire réagir Marco comme je le ferais moi-même. Et c’est justement jouissif de lui faire solutionner des problèmes que je n’ai, pour ma part, toujours pas solutionnés. Selon moi, il faut passer par la fiction pour accéder à une forme de vérité.” Et Larcenet de citer alors Lacan : “La vérité a une structure de fiction.

Ses projets ? Certainement un nouveau Retour à la Terre pour l’automne (Jean-Yves Ferri en termine le scénario), un projet plus expérimental pour Les Rêveurs et, bien entendu, Blast (série à paraître chez Dargaud). Ce dernier titre est le projet que l’auteur met actuellement le plus en avant, notamment sur son blog : la descente aux enfers d’un homme qui va mal, à mille lieux de la trajectoire plus lumineuse du héros du Combat Ordinaire. Mais quand on voit la richesse et la profondeur de Larcenet, on sait d’ores et déjà que, même en parlant de descente, il tirera ses lecteurs vers le haut.

Pour aller plus loin :
- la chronique du quatrième tome du Combat Ordinaire que j’ai publiée mi-mars et celle proposée par Nathalie Rézeau sur le site du Kinorama
- la retranscription de l’entretien donné par Manu Larcenet au Kinorama

Remerciements à Angèle Pacary (Dargaud), Nathalie Rézeau et Jean-Marc Vigouroux (Le Kinorama) pour avoir permis cette rencontre.

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