Lassitude (passagère ?)
Récemment, des gens qui me sont proches se sont étonnés du peu de mise à jour de mon blog. La raison est simple : l’envie manque cruellement ces temps. Quand je vois les prises de tête1, à la fois puériles (par les réactions et contre-réactions qu’elles engendrent) et graves (comment peut-on se faire le chantre de l’entreprenariat quand on n’est même pas foutu de rémunérer ses collaborateurs ?), je ressens l’irrépressible besoin d’éteindre l’ordinateur et d’aller voir ailleurs. Ce que je ne me prive pas de faire, avec beaucoup de cinéma, de livres et bandes-dessinées, de musique. Et aussi - surtout - du temps passé avec les vivants parce que demain arrive déjà bien trop vite.
Entre rester scotché devant l’écran et profiter du monde, mon choix est vite fait.
Deux textes, l’un de Chryde (pour Les Inrockuptibles du 25 avril 2006), l’autre de Manur, résument bien mon état d’esprit actuel quant à la blogosphère.
“Mon blog est dans sa cinquième année, autant dire une éternité. Et il s’ennuie. C’était une pure improvisation. Improvisation de moi-même en écrit, exercice, défouloir, work in progress, bref… A l’époque (vieux con), le weblog était à la fois perso et tourné vers qui veut bien le prendre : ni coin réservé, ni espace de vente de compétence quelconque, ni arrivée d’air pour érudition poussiéreuse.
Aujourd’hui ce genre d’animal cherche sa place dans un monde presque trop riche pour lui. Il est entré dans une routine mortifère, comme si sa recette d’origine, une dissolution discrète de ma petite personne et de ma petite vie dans des écrits spontanés et volatils, était aujourd’hui devenue la formule de son poison.
Qui veut d’un blog qui parle de tout et de rien alors que se créent chaque jour des blogs spécialisés dans tout ? Que puis-je me permettre d’écrire alors que ma mère le suit et qu’il déborde quelques fois sur mon boulot ? Puis-je m’autoriser à n’avoir rien à dire sur le CPE qui vaille le coup d’être dit là ? Quelle posture adopter alors qu’on attend aujourd’hui de moi de correspondre à une image ?“
“Je suis de retour à la maison depuis deux semaines, et je trouve peu de motivation à relancer ce weblog. Ce qui m’apparaissait comme une grande agora de partage il y a six ans (une naïveté bien tarte-aux-fleurs, je l’admets, mais à l’hôpital j’ai bien réalisé à titre de réeducation fine et non sans fierté un cache-pot en macramé), un espace de potlach donc, pour parler comme Marcel & Guy-Ernie, ne s’est révélé être aujourd’hui qu’un vaste exercice égotiste, un manuel de self-marketing à l’usage des jeunes générations, pour parler comme Raoul. La forme contient évidemment dès l’origine sa part inévitable de mise en scène, mais un peu de distance et d’ironie n’ont jamais tué personne.“
1 : voir par exemple chez Laurent les derniers soubresauts en date autour de l’affaire Pointblog.
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