Quid de la loi de Moore pour les disques durs
En janvier 2004, j’achetais mon premier disque dur externe (jusque là, les sauvegardes sur périphériques telles que les disquettes ou CD-Roms ainsi que sur le disque dur de mon ordinateur avaient toujours été suffisantes). A l’époque, je trouve que c’est un “monstre” (précisons que je ne suis pas un “téléchargeur fou”), il représente quatre fois la capacité de stockage du disque dur de mon PC, soit 80 Go. Je me dis que je peux désormais voir l’avenir tranquille en terme de stockage de données.
Juillet 2005 : mon disque dur externe de 80 Go me paraît désormais rikiki. Il contient une image quasiment complète du disque de mon Mac (j’étais déjà un maniaque des sauvegardes ; avec la préparation de ma thèse, cette tendance s’est aggravée), soit environ 50 Go. Le reste contient des fichiers divers, notamment toutes mes photos numériques, une partie de ma CD-thèque numérisée, etc. Je commence à me trouver bien à l’étroit. Il fallait donc investir.
Ma nouvelle acquisition représente quatre fois l’espace disque de mon Mac. Soit 250 Go. Cela donne le tournis quand on pense aux bonnes vieilles disquettes de 1.44 Mo encore très répandues il y a une dizaine d’années. La question qui se pose, désormais, c’est : quand ces 250 Go me paraîtront-ils ridicules ? Pas sûr que je sois vraiment pressé d’en connaître la réponse.
Sur ce, je vais faire une nouvelle image de mes dossiers de thèse et d’enseignement. On n’est jamais trop prudent.
PS : pour apporter quelques éclaircissements quant au titre de ce billet aux non-informaticiens, sachez que la loi de Moore concerne l’augmentation de la puissance des micro-processeurs (grosso modo : cette loi empirique indique que le nombre de transistors sur une puce double tous les dix-huit mois).
Sama It!
26/07/2005 à 04:30
Curieusement à Shanghaï, la disquette 1.44 Mo est encore particulièrement en vogue, j’ai été impressionnée en voyant les stocks disponibles dans les rayons des magasins ici. Pareil quand on va chez Kodak pour faire des photos d’identité, ils font ça à l’appareil photo numérique, retravaillent pour mettre au format, font le tirage papier et remettent une disquette avec la photo des fois qu’il faudrait en retirer d’autres par la suite. Pourquoi pas après tout…
26/07/2005 à 07:41
Et tu utilises quoi, comme logiciel de sauvegarde ?
Tu as déjà testé que tu pouvais recouvrer toutes tes données avec ces sauvegardes ?
Parce que, moi, je fais des sauvegardes régulièrement, mais je ne sais pas si “ça marche” vraiment… n’ayant jamais eu à les tester…
26/07/2005 à 11:17
Très amusante, l’anecdote que tu racontes là Tanuki. Enfin, une disquette pour les photos d’identité, c’est pas mal vu comme moyen de recycler les vieilles disquettes 1.44 Mo. Il fallait y penser !
Patricia, j’utilise le logiciel qui était fourni avec mon HD externe, à savoir Iomega Automatic Back-up. A priori, ça marche plutôt bien. J’avais été confronté au problème quand j’étais en DEA : Didier, Guillaume et un troisième larron m’avaient *honteusement* menti alors que j’installais Linux sur mon PC, j’ai alors perdu au passage toutes les données qui étaient sur mon ordinateur. Heureusement, j’avais des copies de sauvegarde sur mon disque dur externe, j’ai pu récupérer tous les documents importants (hormis mes mails, parce que j’avais fait l’erreur de ne pas les inclure dans les fichiers à sauvegarder automatiquement).
Sur Mac, j’ai une sauvegarde des fichiers de Mail, de Documents, de Musique et de Images (ainsi que de mes favoris). J’ai seulement testé quelques-uns des fichiers en ouverture, ça a l’air de bien fonctionner.
Sinon, ça se fait aussi bien avec un petit script en shell :-)
26/07/2005 à 12:02
Guillaume, Mikaël et moi n’avions jamais dit que tu devais effacer ta table des partitions pour installer Linux :-p Je te rappelle que c’était une de tes initiatives !
Perso je fais un tar cvzf de mes mails et de quelques répertoires importants (tels que “recherche” et bientôt à nouveau “enseignement”) de temps en temps. Et puis je l’envoie, via SSH, sur un ou deux serveurs distants. Par ailleurs, un certain de nombre de choses sont sauvegardées implicitement par le truchement du travail collaboratif (et les moyens de sa mise en œuvre comme CVS ou Subversion) : Roméo, Uppaal, articles…
26/07/2005 à 14:08
À propos de la sauvegarde de données, même si les capacités de stockage augmentent considérablement (et cela n’a pas l’air d’être fini avec l’avènement des nano-technologies), il reste un problème qui n’est toujours pas résolu…
Comment stocker des données de façon pérenne ?
En effet, la durée de vie des CD/DVD-ROM n’est que de quelques années (dégradation partielle ou totale en moins de 8 ans). Les cassettes DAT durent plus longtemps mais restent utilisées seulement par les professionels. Les disquettes, clef USB, disques externes, restent fragiles et peu adaptées à la conservation de données sur du long terme… Sans compter que les formats de stockage des informations évolue à grande vitesse…
Pour bien se rendre compte du problème, considérons les photographies. Lorsque les photos étaient prises via des pellicules argentiques classiques, nous stockions les photos dans des albums fait pour cela et nous les conservions toute notre vie (et même plus pour certaines). Dans le cas des photographies digitales, nous évoluons dans le domaine de l’immatériel. La photographie est un fichier. Où la stocker pour qu’elle soit accessible toute notre vie ?
Il n’y a tout simplement pas de support/médium qui le permette…
Qui de vous a encore des informations de plus de 8 ans ?
Bref, dans notre société actuelle, l’information digitale est-elle perçue comme jetable ou bien est-ce seulement parceque les médiums que nous utilisons ne permettent pas de durer dans le temps ?
Ce qui m’effraye un peu c’est que nous nous acheminons vers un monde qui dépendra de plus en plus de ces informations digitales (écrits, photographies, films, sons, dessins, …) et que nous risquons de finir dans une société sans mémoire (pas plus d’une dizaine d’années). Du moins au niveau individuel ! En effet, les documents importants pour les masses (archives, base de données, images, films, etc) restent vivant sur l’Internet. Dupliqués, stockés à différents endroits de l’Internet et consultés, du moins tant qu’un groupe d’individus continue à y trouver un intérêt, sans cela c’est l’oubli assuré…
Nous n’en sommes pas encore à avoir à apprendre chacun un livre par coeur (Farenheit 451), mais cette disparition de l’information et de l’histoire individuelle (alors que l’Histoire, elle, est conservée) me semble préoccupante.
26/07/2005 à 14:46
Bien sûr, Emmanuel voulait écrire numérique et non pas digital. Mais il a encore un peu de mal avec le français après toutes ces années passées à l’étranger.
Il ne faudrait pas cependant pas occulter le fait qu’il a, je trouve, une assez bonne analyse de la situation. Heureusement, le volume des données que nous sauvegardons augmentant régulièrement, nous voilà contraints, comme Morgan, à changer nos disques durs régulièrement : une copie de l’ancien sur le nouveau renouvelle le medium de stockage nous sauve provisoirement et en tout cas pour les données en accès immédiat (soit dans l’idéal, il faudrait un peu de redondance aussi, cf. infra).
Pour les archives, le salut passe probablement par un stockage réparti. Reste à savoir si le principe des tiroirs (pigeonhole principle) s’applique dans ce cas : y a-t-il suffisamment de gens intéressés par morceau d’information ? Il n’est pas dit que la solution ne soit pas, à terme, de stocker des informations (p.ex. chiffrées) sans en avoir la connaissance explicite (cf. le projet Freenet). Le développement des capacités de stockage et des débits des réseaux au delà du nécessaire personnel (comme il en est - a été - de la puissance des processeurs) me paraissent des prémisses prometteuses à ce mode de stockage.
Reste un certain nombre de problèmes plus moraux et juridiques. La majorité des gens, je pense, n’aimeraient pas qu’on stocke des informations douteuses et - ou - illégales sur leur disque dur et s’ils l’acceptaient tout de même, selon la loi actuelle, quelles en seraient les conséquences pour eux ?
26/07/2005 à 15:12
Au passage, tu remarques que la solution du stockage distribué via l’Internet dilue totalement la notion de propriété de l’information. C’est notamment pour cela que tu te retrouves à te poser des questions sur la responsabilité légale des hôtes à propos d’une information qui ne leur appartient pas (il y a d’ailleurs un parallèle intéressant avec les logiciels de Peer-to-Peer).
Je reste convaincu qu’un médium du type DVD-ROM fait dans un matériau non dégradable serait l’idéal (mais bonjour l’écologie !!!).
27/07/2005 à 17:38
Merci pour les informations et remarques complémentaires que vous apportez !
La question de la dématérialisation est un thème qui me tient à coeur (je dois avouer, par exemple, un attachement certains aux livres palpables dont les pages jaunissent avec le temps - en témoigne la taille de ma bibliothèque ;-)). Petite parenthèse : j’avais d’ailleurs suggéré cette idée, appliquée au domaine de la culture, à un couple d’amis pour un concours de BD sur le thème du fantastique. Ils l’ont exploité de fort belle manière pour en faire planche qui a remporté le concours de BD du Festival La Bulle-Ecoublac 2005.
J’aurais tendance à rejoindre Didier sur l’éventualité d’une généralisation du stockage distribué. Toutefois, pour le moment, il est difficile de convaincre le grand public notamment pour les problèmes moraux et juridiques que Didier soulève. Freenet en est un bon exemple : en l’état, au vu des usages qui en sont fait, ce n’est pas un “endroit” des plus recommandables.
A moyen terme, on peut se demander aussi s’il n’y aura pas une sorte de “retour de bâton” : les gens sont en train de découvrir toute la puissance du “virtuel” mais je doute que cette curiosité limite béate soit infinie. Il suffirait d’une “bombe” qui affole le réseau (réservations en tout genre, commandes en ligne, sites de banques down en série, etc.) pour que l’aveuglement dont certains sont responsables actuellement s’estompe. Bref, n’y aura-t-il pas un retour au matériel ? Par exemple, pour les photos.
Pour poursuivre sur la dématérialisation de l’information, on pourra visionner avec profit la fameuse vidéo d’anticipation EPIC 2014.
27/07/2005 à 19:59
Je ne crois pas que la dématérialisation soit vraiment au coeur de la problématique. Elle est inévitable. Un livre, une image, une musique, un programme sont tous des idées. Ils ont des supports, mais leur essence même est immatérielle. Pour ceux qui ont lu Farenheit 451 de Ray Bradbury, les livres sont traqués et détruits mais ils arrivent tout de même à survivre au-delà de leur support papier dans la mémoire des gens… car ce sont des idées et qu’on ne tue pas des idées tant qu’il y a des gens pour les faire survivre.
L’immatériel est là depuis le début et c’est une erreur de dire qu’il y a eut un changement à cause de cela.
Seule la façon de fixer et de distribuer cet immatériel a évolué. Nous sommes actuellement dans un monde où l’information peut se stocker sur des médium que chacun possède chez soi (ce qui n’était pas évident il y a encore quelques temps). Mais la plus grande révolution vient du fait que l’on peut copier et distribuer cette information à travers des réseaux des manière très aisée.
Le problème que je soulevais était que si la mémoire commune semble pouvoir survivre sur le long terme, la mémoire d’un individus, celle qui l’intéresse personnellement, n’a aucun moyen de survivre sans un effort constant de sa part. Didier évoquait le fait qu’a chaque changement de machine, tu pouvais recopier le contenu de ton ancienne mémoire sur la nouvelle (plus grande), mais il faut aussi faire attention aux formats, convertir les fichiers tant que les formats sont encore reconnus (qui peut lire un fichier Word 1.0 de nos jours?).
Bref, il est indéniable que maintenir la quantité d’informations qui te défini personnellement demande un certain travail et paraît donc contre-nature dans notre monde. Je me demande donc si notre société ne s’oriente pas vers une mémoire individuelle jetable.
Quelles photographies de ton voyage en Écosse pourras-tu montrer à tes petits enfants ? Combien de tes textes pourront passer une génération s’ils ne sont pas reconnus de ton vivant ? Beaudelaire ou Van Gogh se seraient exprimés sur des formats numériques qu’ils auraient été perdus pour l’humanité…
Bref, je me plains de l’abscence d’un support numérique qui soit pérenne (dans ton grenier par exemple :).
27/07/2005 à 23:24
En fait, la dématérialisation que l’on connaît actuellement va quand même induire de sacrés changements dans le traitement de certains aspects culturels. On l’a vu avec la musique (et son enrichissement par les samplings et autres remix que le passage au numérique rend plus aisé). Pour ce qui est de l’écrit, du textuel, je suis plus dans l’expectative.
“Graver dans le marbre”, “les écrits restent”, autant de petites maximes qui pouvaient prendre leurs racines dans la nature même du texte : le papier, à moins d’être complètement raturé ou brûlé, subsiste à une certaine épreuve du temps. Le numérique, lui, est plus susceptible à changement. Il suffit d’un bug dans une base de données pour qu’un lot de textes se retrouve modifié ; mais, en allant plus loin, se pose la question de l’authenticité des textes. L’écrit devient immédiat, les textes sont susceptibles d’évoluer en permanence (on le voit sur certains blogs, où les auteurs éditent fréquemment leurs écrits pour les améliorer - cela a aussi conduit à certaines manoeuvres sujettes à discussion). A l’avenir, avec le développement de licences basées sur le libre (avec une libre rediffusion des écrits), on peut imaginer que les textes seront susceptibles de voguer de site en site (voir, déjà, les pages Wikipedia que certains reprennent [avec toutes les mentions indispensables bien sûr]). Seulement, au cours de ces migrations, je conçois mal que les textes ne subissent pas des modifications (un peu à l’instar des systèmes génétiques). C’est un aspect qui avait disparu de nos sociétés (cet aspect “évolutif” du texte) ; mais qui a quelques similitudes avec les récits de tradition orale de l’antiquité. Finalement, on en reviendra effectivement peut-être à l’idée même ; plus que la forme, c’est l’essence d’un texte qui traversera le temps.
Le concept de “mémoire individuelle jetable” me paraît particulièrement intéressant, mais je crois surtout que nous verrons fleurir tout un commerce associé à cela (il y a des entreprises à créer dans le domaine). Les gens ont besoin de leur passé, ils en sont même souvent très dépendants, je ne peux pas penser qu’ils tireront un trait sur tout cela.
Quant aux questions qui concluent ce commentaire, je dois préciser que je n’écris pas (encore ?) avec l’optique que mes écrits me survivent. Ou plutôt, s’ils me survivent, c’est parce qu’ils auront été récupérés, repris, améliorés dans le cadre de toutes sortes de projets - c’est ce qui me conviendrait le mieux. C’est la raison principale qui m’a fait basculer ce weblog vers une licence Creative Commons (alors qu’à mes débuts sur le Net, lors de la mise en ligne de mes premiers sites, je tenais beaucoup à ma propriété intellectuelle sur mes textes et leur diffusion et je n’appréciais guère de les voir recopiés ailleurs).
28/07/2005 à 11:07
Hum, il y a des phrases que je ne comprends pas trop dans ta réponse. Cela doit être dû à mon Français par trop anglicisé (dixit Didier), mais par exemple:
“le papier, à moins d’être complètement raturé ou brûlé, subsiste à une certaine épreuve du temps.”
Ou encore:
“Le concept de “mémoire individuelle jetable”, mais je crois surtout que …”
Hum, difficile à suivre tout ça ! :)
PS: En fait, je m’en aperçois maintenant que je lis quelques blogs, plus ça va et plus je me dis que je devrais avoir mon propre blog ! ;-)
28/07/2005 à 11:19
Effectivement, j’ai oublié des mots dans ma réponse.
Je ne devrais pas répondre tard le soir, voilà quelle est la morale de l’histoire ;-)
La première phrase signifiait : un texte écrit sur du papier est moins susceptible d’être altéré (au sens d’une modification), justement parce que le papier ne permettait pas aux écrits de se propager de la même manière que le permet le numérique. Ou que le permettaient les sociétés dans lesquelles les récits (et autres) étaient transmis par voie orale.
PS : je crois aussi. Tu as beaucoup de choses intéressantes à faire partager, tu devrais sérieusement envisager cette éventualité ;-)
28/07/2005 à 17:50
Le stockage (pérenne) de l’information c’est bien. Son accessibilité aussi.
Le fait est qu’une photo sur papier a probablement une durée de vie supérieure à celle d’un CDROM (hors altération extraordinaire). Je dis probablement car avec l’âge, les couleurs passent, le papier jaunit. Pareil sur le CDROM, certains secteurs deviennent illisibles. Dans les deux cas on peut par diverses techniques retrouver à peu près l’original et j’ai le sentiment que c’est plus facile dans le cas du stockage numérique.
En effet, la diffusion, le traitement et l’accès en général à l’information sont incommensurablement plus aisés avec un support numérique. C’est, je pense, un paramètre à prendre en compte avant d’imprimer toutes nos photos pour les générations futures (sans parler du désastre écologique qu’entraînerait ne serait-ce que l’impression des souvenirs numériques de tes vac…. de cette chouette conférence en Écosse :-))
PS : Pas besoin d’un blog, Emmanuel, il te suffit de prendre le contrôle de celui de Morgan : “ne bougez plus, ceci est un détournement de blog ! lisez calmement et tout ira bien !” ;-)
29/07/2005 à 00:46
J’imagine le déroulement du détournement:
À la tour de contrôle: Ceci est un détournement de Blog ! Direction Cuba ou je tue un otage toutes les 20 minutes !!!
En apparté: Comment ça on a pas d’otages ? Prend les hotesses ! Pas d’hotesses !!! Mais c’est quoi ce blog ?
À la tour de contrôle: Bon, on a quelques problèmes logistiques avec les otages, alors à la place on va juste pourrir le blog avec des interventions qui n’ont rien à voir !
:o)
29/07/2005 à 00:56
[…] a>Afin de remercier Emmanuel pour ses commentaires argumentés et instructifs (et aussi pour l̵ […]