Le manga en bonne place au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême 2010 !
30/01/2010 par MorganJ’ai souhaité donner une connotation japonaise à ma deuxième journée passée à Angoulême. Il faut avouer que le programme s’y prêtait particulièrement bien.
Aux alentours de midi, la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image (CIBDI) était le siège d’une rencontre avec Seiichi Hayashi, l’auteur d’Élégie en rouge (paru chez Cornélius). Le mangaka s’est montré particulièrement disert. Il faisait de chacune de ses réponses un récit à part entière. Il a ainsi retracé son parcours dans le monde du dessin et de l’animation. Passionné par l’image dès son plus jeune âge, il avait désossé l’appareil photo de son père pour en faire un banc d’animation sommaire. À l’issue de ses études, il a intégré Toei Animation. C’était le début des productions de séries animées à la télévision. À cette époque, le studio fondé par Osamu Tezuka, Mushi Production, était sur le point de diffuser à la télévision l’adaptation animée d’Astro Boy. L’animation (et la bande dessinée) semblaient ne pouvoir cibler que les enfants. Mais des magazines tels que Garô ont alors fait leur apparition. Seiichi Hayashi a expliqué combien ce magazine fut une révolution et une découverte pour la centaine d’animateurs qui travaillaient alors au sein de Toei Animation : il était bel et bien possible de faire de la BD pour adultes, avec la possibilité d’exprimer des choses totalement nouvelles ! À travers chacune des anecdotes de Seiichi Hayashi, on sentait bien qu’on avait affaire à un véritable témoin des révolutions successives qui ont touché le manga et l’animation japonaise.

Autre talentueux auteur présent à Angoulême : Makoto Yukimura (créateur de Planètes chez Panini Manga et de Vinland Saga chez Kurokawa), qui donnait une conférence sur son travail de mangaka. Pendant près de deux heures, le public a ainsi pu découvrir comment se créé un manga, du pré-découpage réalisé par l’auteur pour évaluer le rythme de son chapitre aux planches finales en passant par le crayonné et l’encrage. Le mangaka de Planètes s’est notamment attardé sur certaines des spécificités de la BD japonaise, notamment les lignes de vitesse.
L’intervention était didactique, drôle et enrichissante. Makoto Yukimura a du recul sur son art et sait en parler avec passion et enthousiasme. Il a, par exemple, expliqué qu’en ouvrant des mangas publiés en dehors du Japon, il avait imaginé combien la tâche des lettreurs occidentaux était ardue : en effet, les Japonais ont coutume de faire des bulles très étroites, adaptées pour une lecture de haut en bas, et absolument pas pensées pour des textes écrits de gauche à droite. Mais Makoto Yukimura souhaite que ses oeuvres puissent être lues non seulement au Japon, mais aussi à travers le monde. De fait, il a décidé de faire des bulles homogènes, dans lesquelles il est aussi facile d’écrire de haut en bas que de gauche à droite, espérant ainsi faire amende honorable pour toute la profession qui a fait souffrir les lettreurs.

Autre preuve d’humour : Makoto Yukimura est très humble sur sa vitesse d’exécution. Il a ainsi expliqué qu’il lui fallait environ 3 heures pour réaliser une planche en crayonnés (une performance tout à fait honorable quand on voit le niveau de détails de ces crayonnés !). Un rythme qu’il imagine beaucoup plus lent que celui de Eiichiro Oda… “mais je pense que M. Oda ne doit pas avoir beaucoup de vacances. Je me considère beaucoup plus comme un fonctionnaire du manga !“, a-t-il alors ajouté. Plus tard, il ajoutera “ma philosophie, c’est de prendre le temps de faire les choses au maximum de mes possibilités. Pour un mangaka, la denrée rare, c’est le temps, et non pas les outils.”
La rencontre s’est conclue par un jeu de questions/réponses avec le public. Makoto Yukimura a évoqué ses difficultés à convaincre les responsables éditoriaux de l’intérêt des thèmes qu’il a abordé avec Planètes et Vinland Saga. Pour ce dernier titre, il a justifié son choix de placer l’histoire à l’époque ultra-violente des Vikings : quel meilleur contexte aurait-il pu prendre pour mettre à l’épreuve et légitimer la philosophie d’un personnage refusant de recourir à la violence ? Enfin, il a évoqué les mangas qu’il apprécie, notamment One Piece. Mais surtout Ikkyu, de Hisashi Sakaguchi, sur lequel il paraissait intarissable. “En lisant cette oeuvre, j’ai découvert que le manga pouvait poser des questions non seulement essentielles, mais aussi existentielles.”
Par ce propos, Makoto Yukimura a fourni un bel argument à tous ceux qui tentent de faire connaître la richesse de la bande dessinée japonaise au-delà des carcans. Une démarche que l’on retrouve au cœur même du festival, grâce à l’exposition “Même pas peur des mangas !” au pôle Jeunesse logé au CIBDI. Une expo (réalisée par Julien Bastide, Matthieu Pinon et Meko) qui fera date et qui mérite d’être recommandée à toutes les bibliothèques de France !

Le manga est démystifié, à travers ses principaux genres : le manga pour adolescents, pour adolescentes et pour adultes. L’ensemble fourmille de bonnes idées : les principales caractéristiques du héros de shônen manga ou de l’héroïne de shôjo manga sont résumées via des silhouettes dédiées, un panneau synthétise des conseils de lecture en fonction de l’âge, l’habillage graphique met en avant les titres incontournables parus en France (avec, d’une part, les couvertures des mangas en question, mais aussi une fresque avec les visages des principaux héros de mangas), etc. Nul doute que les parents, après avoir lu ces panneaux, se sentiront plus à l’aise pour comprendre l’univers des mangas lus par leurs enfants !



Avec un tel foisonnement d’activités, qu’on ne dise plus que le manga est le parent pauvre du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême !

















