Exposition-vente hommage à Mathilde en Juillet à Nantes les 23-25 avril

25/03/2010 par Morgan

Mathilde en Juillet, c’est une voix née à Nantes. Un album sorti en janvier 2010, au moment même où la jeune compositrice-interprète de 25 ans s’éteignait, victime d’un cancer. Une véritable chaîne de solidarité s’est initiée, une association (baptisée Arthénice) a été crée. Et une exposition-vente rassemblant des oeuvres créées en hommage par des artistes nantais se tiendra en avril. La totalité des bénéfices sera reversée à la recherche contre le cancer.

À découvrir dès le 23 avril 18h30 pour le vernissage, jusqu’au 25 avril, au Temple du Goût, 30 rue Kervégan à Nantes !

Pour aller plus loin :

CDM-fr pour décrire le catalogue de formations des établissements d’enseignement supérieur au format XML

04/03/2010 par Morgan

Comment offrir aux lycéens et étudiants une vision claire sur l’offre de formation disponible dans la région Pays de la Loire ? Voilà le genre de questions auxquelles permettra de répondre le déploiement de CDM-fr (Course Description Metadata) dans les établissements d’enseignement supérieur. Nicolas Postec, co-responsable de CDM-fr à la SDTICE, est venu présenter le projet au groupe TICE de la Confédération Régionale des Grandes Écoles des Pays de la Loire. Voici une synthèse de son intervention du 3 mars 2010.

CDM-fr n’est pas un nouvel outil, mais un langage de description - basé sur XML - des offres de formation des établissements (dont le schéma est téléchargeable en ligne). Il s’agit d’un profil français de la norme CDM né en Norvège.

Quid de la représentativité de CDM-fr sur le plan mondial ? En fait, il n’existe pas, à l’heure actuelle, de format universel pour décrire les formations.

Les grands campus américains ne se sont pas coordonnés. Ils s’avèrent plus dans une logique de communication/promotion de leurs programme que dans une optique de descriptif de leurs formations. Les choses sont un peu différentes en l’Europe, où a émergé l’idée de construire une norme compatible avec les différents langages de description de formation : français/anglosaxons/etc. (CDM, CDM-fr, EMIL, XCRI-PAS). C’est dans cet esprit que sont actuellement menés les travaux autour d’une future norme européenne MLO sous 3 ans. De fait, dans 3 ans, il y aura peut-être une norme européenne intitulée MLO qui s’appuiera, entre autres, sur CDM-fr. Ainsi, les établissements dont le programme sera déjà au format CDM-fr pourront passer à MLO, moyennant des modifications mineures.

Quant à la France, elle abrite à l’heure actuelle, deux formats pour la description des offres de formation :

  • LHEO : Langage Harmonisé d’Échange d’informations sur l’Offre de formation (développé sous l’impulsion du Ministère du Travail). LHEO travaille surtout sur les dispositifs de formation continue et professionnelle.
  • CDM-fr : en cours de normalisation auprès de l’AFNOR.

Actuellement, il y a une convergence de LHEO et CDM-fr au sein de cette procédure de normalisation. CDM-fr est donc un projet viable, amené à constituer une brique solide pour la description des catalogues de formation.

CDM-fr a pour objectifs, entre autres, de :

  • faciliter l’information des étudiants et de leur permettre de connaître précisément les formations d’enseignement supérieur dispensées ;
  • décrire l’offre de formation et son environnement (les qualités d’accueil, les bâtiments, etc.) ;
  • présenter les débouchés (les emplois possibles, les poursuites d’études, etc.) ;
  • unifier la description des offres de formation.

Une fois CDM-fr déployé, il devient possible de bâtir des portails rassemblant les informations provenant de différents catalogues CDM-fr, sur un principe de fonctionnement similaire aux sites web agrégeant des flux RSS/Atom. Certains établissements ont d’ores et déjà implanté CDM-fr. Parmi eux figurent l’Université de Rennes 1 ou les établissements de l’Université Numérique Régionale Nord Pas de Calais.

Depuis 2008, on assiste à la généralisation de CDM-fr par l’organisation de formations qui y sont dédiées, la diffusion des bonnes pratiques, et la participation aux instances normatives françaises. CDM-fr est désormais inscrit dans les recommandations du Ministère sur la bonne structuration du système d’information des établissements d’enseignement supérieur français.

D’un point de vue pratique, CDM-fr implique de formaliser le descriptif des enseignements. Ce qui impose de disposer d’une organisation fonctionnelle de l’établissement, de choisir une source primaire d’information (le service communication, la direction des études, etc.), d’alimenter la bases de données, de la compléter et ensuite de la valider. Se pose également la question de la stratégie d’affichage à adopter (i.e. quelles sont les plate-formes sur lesquels le programme de formation doit être diffusé ?).

La mise en place de CDM-fr nécessite la contribution des enseignants et des unités de formation d’une part (fournisseurs primaires d’information, garants de la qualité de l’information, responsables de la mise à jour) et des services centraux d’autre part (CRI, cellules de communications, cellules TICE, DSI, …).

Une version 2 de CDM-fr est actuellement en cours de spécification, en collaboration avec la DGESIP (qui habilite les Masters), l’AERES, la SDTICE ainsi que les producteurs de supports techniques. Très rapidement, CDM-fr devrait être préconisé par les instances d’évaluation. En effet, celles-ci comptent sur CDM-fr pour alimenter les applicatifs servant les processus d’évaluation et de contractualisation. Évidemment, la version 2 de CDM-fr sera rétro-compatible. Parmi les améliorations prévues, la version 2 de CDM-fr prendra en compte les mécanismes de co-habilitation de diplômes entre plusieurs établissements.

Au final, la mise en place de CDM-fr dans un établissement d’enseignement supérieur représente un défi non seulement informatique, mais surtout organisationnel. En effet, si CDM-fr incite à adapter les outils du système d’information de sorte à intégrer les bonnes informations et à automatiser la génération du fichier CDM-fr (ainsi des outils tels que Ksup ou Coktail offrent des modules d’export CDM-fr), il nécessite surtout de disposer de processus formalisés pour le remplissage, la mise à jour et la validation du descriptif des formations. Là est peut-être l’obstacle principal pour passer à CDM-fr.

Nota bene : ce billet est provisoirement publié sur mon blog personnel. Il sera prochainement mis en ligne sur le blog TICE de Centrale Nantes, dont le lancement est prévu dans les prochaines semaines. Je vous tiendrai évidemment au courant !

Programme de février à avril des projections dédié aux séries animées japonaises à la Bibliothèque Municipale de Nantes

28/02/2010 par Morgan

Comme vous le savez déjà, Univers partagés et la Bibliothèque Municipale de Nantes se sont associés pour proposer, tout au long de la saison culturelle 2009-2010, un cycle de projections visant à faire découvrir à un large public la richesse et la diversité de la culture visuelle japonaise.

Avec un rythme moyen de deux rendez-vous par trimestre, nous explorons des thèmes aussi variés que la vie quotidienne au Japon, la science-fiction, le thriller, les utopies, … sans oublier, évidemment, le jeune public pour lequel sont organisées des projections dédiées.

Après quatre premières projections organisées entre octobre et janvier, voici le programme des projections prévues jusqu’en avril 2010. Il y en aura une dernière, en mai ou en juin, pour clôturer la saison comme il se doit.

Nous en profitons pour remercier nos partenaires Beez, Kaze et Dybex grâce à qui ces projections sont possibles !

Mercredi 24 février 2010 à 14h30 : “Jeune public”

Hello Kitty - Le petit théâtre - Épisodes n°1 et 2 - À partir de 6 ans - VF - Éditeur : Dybex

Résumé : Voici les plus beaux contes de fée de la littérature mondiale, revisités par Sanrio, la firme créatrice d’un des chats les plus célèbres du monde : Hello Kitty. Blanche-Neige, Cendrillon, Aladin, la Belle au Bois dormant, le Chat Botté, les trois petits cochons ou encore Jack et le haricot magique et bien d’autres histoires sont présentés dans un format spécialement conçu pour le plaisir des enfants, et mis en images avec la complicité de nombreux personnages issus de l’univers de Sanrio. Kitty et tous ses amis, au grand complet, sortent leurs plus beaux costumes et se glissent dans la peau des héros des contes et fables intemporels.
Véritable objet de culte à travers le monde, Hello Kitty, est le chat le plus célèbre auprès des enfants et des plus grands. Avec tous les personnages féeriques de la firme SANRIO , elle enchantera à la fois les tout-petits et les inconditionnels au fil de ces petites histoires inspirées des plus beaux contes de la littérature mondiale.

Vendredi 12 mars 2010 à 18h - “Un autre monde ?”

Witch Hunter Robin - Épisodes n°1 et 2 - À partir de 13 ans - VOSTF - Éditeur : Beez

Résumé : Il existe au sein de notre société des être dotés de pouvoir paranormaux, appelés sorciers. Depuis des années, une organisation secrète du nom de ” Salomon ” les traque. Cette organisation, basée en Italie et dirigée par des prêtres, possède une branche au Japon, la STN-J. Robin, une jeune fille de quinze ans, intègrera cette organisation où ses talents de manipulation du feu se révèleront bien utiles… Mais la STN-J a des plans bien précis en ce qui concerne les sorciers capturés, et elle n’hésite pas à cacher des informations à Salomon…
Peut-on contrôler et enfermer des citoyens du fait du danger qu’ils pourraient peut-être représenter un jour ? Cette série pose la question de la viabilité d’une société policée dans laquelle tout être hors norme serait immédiatement placé sous tutelle du gouvernement. Une oeuvre puissante, qui s’appuie sur une beauté formelle éblouissante (musique, graphisme, …) !

Wolf’s Rain - Épisodes n°1 et 2 - À partir de 13 ans - VOSTF - Éditeur : Beez

Résumé : Cette histoire se déroule dans un futur indéterminé, sur une Terre désolée par les guerres. Depuis 200 ans, on pense que les loups ont disparu. Du moins c’est ce que croient les hommes mais d’après la légende quelques loups vivent encore parmi eux, capables de prendre leur apparence. La légende conte aussi l’existence d’un paradis perdu, Rakuen, situé au bout du monde et que seuls les loups seraient capables de trouver. Telle est la prophétie du livre de la Lune.
Série d’animation réalisée par le prolifique et talentueux Studio Bones (aussi connu pour Full Metal Alchemist ou Soul Eater), Wolf’s Rain mêle onirisme, science-fiction et valeurs humanistes. Un titre fort, qui porte la patte de son réalisateur Tensai Okamura !

Mercredi 21 avril 2010 à 14h30 : “Jeune public/Aventure”

Tsubasa Reservoir Chronicle - Épisodes n°1 et 2 - À partir de 8 ans - VF - Éditeur : Kaze

Résumé : Au pays de Clow, un terrible malheur frappe la princesse Sakura et terrasse l’amour qui l’unit secrètement à Shaloan. L’héritière du royaume succombe à un mal mystérieux qui brise son âme en mille éclats disséminés dans plusieurs mondes parallèles. Désormais, le destin de la princesse est entre les mains de Shaolan, qui, pour la sauver, n’a pas d’autres choix que de pactiser avec Yuko, une mystérieuse cartomancienne, clé de tous les univers.
Ainsi, Yuko lui accorde l’aide de Mokona et de deux aventuriers, mais exige de Shaolan qu’il disparaisse des souvenirs de sa promise… Commence alors pour Shaolan et ses deux compagnons, la quête des plumes de Sakura (les réceptacles contenant l’âme de la princesse) à travers maints univers où leur seul guide est une boule de poils aussi mignonne qu’imprévisible…
Tsubasa Reservoir Chronicle est le dernier succès en date des CLAMP. Il s’agit d’un studio composé de 4 talentueuses auteurs dont la popularité en France a explosé avec la diffusion de Card Captor Sakura à la télévision, à la fin des années 90.

Chaque projection sera précédée d’une présentation de ma part, afin de replacer les œuvres dans leur contexte social et culturel.

L’ensemble de ces projections aura lieu à la salle Jules Vallès de la Médiathèque Jacques Demy - 24 quai de la Fosse - 44000 Nantes. L’entrée est libre.

Master class de Kazuki Akane sur le ekonte (storyboard japonais) à Japan Expo Sud 2010

27/02/2010 par Morgan


La deuxième édition de Japan Expo Sud s’est tenue du 19 au 21 février 2010 à Marseille. Avec Univers partagés, nous étions évidemment présents pour couvrir l’événement. Et puisqu’un des leitmotiv de notre association est le partage, c’est tout naturellement que nous allons inviter nos lecteurs à revivre les temps forts de la manifestation tout au long de la semaine. Retrouvez ici, chaque jour à 12h, un nouvel article sur Japan Expo Sud !

Autre grand nom présent à Japan Expo Sud : Kazuki Akane, réalisateur - excusez du peu - de la série TV et du film d’Escaflowne, mais aussi de Heat Guy J, Noein ou encore Birdy the Mighty Decode. Il a, d’une part, participé à une rencontre-débat avec Satoshi Urushihara et, d’autre part, donné une master class sur l’art du storyboard. Plus exactement, c’était de ekonte dont il était question : le ekonte est un outil typiquement japonais, très proche du storyboard, qui permet de donner des indications précises sur les plans d’un dessin animé, avant sa réalisation effective. Les plans sont décrits de haut en bas, avec des indications sur la durée et le nombre d’images de chacun.  

L’élaboration du ekonte débute lorsque l’écriture du scénario est terminée. Le ekonte permet de décrire tout ce qu’il est difficile de décrire avec des mots, telles la narration et la succession des plans. Pour Kazuki Akane, l’un des rôles fondamentaux du ekonte est de nourrir l’imagination des animateurs. C’est pourquoi il recommande de ne pas réaliser des ekonte trop propres ou détaillés. L’important, à cette étape, est de faire passer une intention et des sentiments. Une fois le ekonte dévoilé à l’équipe de production, chaque animateur peut choisir les scènes qui lui plaisent le plus. Ce qui permet de répartir le travail harmonieusement entre les différents intervenants.

Le ekonte est l’outil du réalisateur pour imposer sa vision de l’histoire aux animateurs. Kazuki Akane se situe dans la droite lignée de Yoshiyuki Tomino (créateur et réalisateur de Gundam) en préconisant de ne pas trop détailler l’ekonte et d’ainsi laisser une marge de liberté aux animateurs. Mais certains réalisateurs préfèrent, au contraire, exercer un contrôle rigoureux du travail des animateurs. C’est le cas de Hayao Miyazaki qui élabore des ekonte très détaillés : il demande ensuite à ses collaborateurs d’y rester fidèles et de ne pas en dériver.

Arrivé à ce stade de son discours, Kazuki Akane met en avant l’importance du ekonte dans la production animée, en opposition à la préparation d’un film avec des acteurs. Pour un tournage “live“, les prises sont souvent nombreuses et, souvent, des plans sont tournés puis abandonnés lors du montage. Ce n’est évidemment pas possible en animation. Le ekonte permet donc d’avoir une vision claire sur les plans à animer, en évitant toute production superflue !

Comme nous l’avons évoqué auparavant, le ekonte diffère du storyboard classique en ce qu’il intègre des informations sur la durée et le nombre d’images de chaque plan. Ce qui implique, pour la personne en charge du ekonte, d’avoir une bonne perception du rythme de l’histoire.
Kazuki Akane a alors mis l’accent sur sa propre démarche artistique. En ce qui le concerne, il réalise une première version du ekonte sans aucune donnée temporelle. Il s’interroge alors sur le bon rythme et réfléchit au temps nécessaire pour chaque plan. Très souvent, la bande originale est créée avant la production de l’animation, ce qui lui permet de finaliser le ekonte en mettant la musique en fond sonore et en prenant des repères sur celle-ci. M. Akane aime utiliser la musique pour exprimer des émotions non visibles. Par exemple, il n’hésite pas à recourir à une composition mélancolique pour un personnage en apparence joyeux : le contraste permet alors de traduire des tourments intérieurs.  

Kazuki Akane ajoute alors que, dans cette phase, il apporte souvent des modifications à son ekonte. Il lui arrive même de supprimer certaines séquences ! C’est une autre des raisons pour lesquelles il conseille de ne pas trop soigner les dessins portés sur le ekonte. Car un ekonte trop détaillé peut inciter à ne pas faire de retouches dessus. Or il ne faut avoir aucun scrupule à effectuer des modifications, voire à abandonner des scènes… et ce, avant que les animateurs commencent leur labeur. 


Le ekonte constitue donc une étape cruciale dans la production d’un dessin animé. Dans le cadre d’un épisode de 20 minutes de série télévisée, le ekonte s’étale généralement sur 120 pages et prend 3 semaines à être finalisé. Dans le cadre d’un film tel qu’Escaflowne, il est indispensable de compter entre 4 et 6 mois de travail sur ce seul document ! En termes de gestion de la production, le ekonte de tous les épisodes d’une série n’est généralement pas terminé lorsque l’œuvre est lancée à la télévision. En fait, le ekonte du premier épisode est terminé, au plus tard, 6 mois avant sa programmation à la TV. La production rejoint progressivement la diffusion, de sorte que les retards éventuels sont de plus en plus pénalisants… Kazuki Akane avoue que sa pire expérience en la matière est d’avoir terminé un ekonte 3 semaines avant la diffusion ! Mais il reste, quoiqu’il arrive, très attaché à la conception de ce document, comme le montre la vidéo suivante.

L’essor du numérique va-t-il sonner le glas pour le ekonte ? Kazuki Akane ne le pense pas. Même si les techniques évoluent, le ekonte reste au coeur de la préparation d’un dessin animé. Il nécessite juste quelques adaptations. Il en va ainsi des réalisations 3D, pour lesquelles le ekonte doit simplement intégrer une information supplémentaire : la position de la caméra dans l’univers 3D. Kazuki Akane se dit d’ailleurs très intéressé par les effets rendus possibles par cette “caméra numérique“. Un sujet sur lequel il se penche actuellement avec plusieurs de ses collègues réalisateurs. Nul doute que nous pourrons découvrir les conséquences de cette réflexion dans une prochaine œuvre !


Pour aller plus loin :

Projection du film d’animation Metropolis de Rin Tarô au Katorza de Nantes le 6 mars dans le cadre du festival “Ville et cinéma”

26/02/2010 par Morgan

Du 3 au 6 mars, la ville de Nantes accueille le 1er Festival “Ville et Cinéma”, organisé par l’association L’Urbanographe. Cet événement se tiendra à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes et au Katorza. Le programme balaiera la représentation de la ville dans le 7e Art.

J’animerai, au nom d’Univers partagés, la projection de Metropolis de Rin Tarô le samedi 6 mars à 17h30 au Katorza. Ce film d’animation japonais de 2001 est adapté du manga éponyme d’Osamu Tezuka. Il s’agit d’une oeuvre que l’auteur japonais avait conçu après avoir découvert quelques photos du Métropolis de Fritz Lang… Des images qui ont suffisamment excité son imagination pour créer une histoire totalement originale. À (re)découvrir ! La projection sera suivie d’un débat autour de la représentation de la ville dans le cinéma d’animation.

Pour terminer, voici la note d’intention des organisateurs du festival. Les sujets abordés tout au long des quatre jours que dure l’événement promettent d’être passionnants !

Le cinéma et la ville, sous toutes leurs formes, sont intimement liés. Le cinéma questionne la ville, la met en scène, la magnifie, l’explore pour mieux la transcender. Témoin des mutations de la ville, il amène ainsi le spectateur à porter un nouveau regard et à s’interroger sur son environnement urbain. C’est cette relation intime que nous souhaitons explorer et partager avec le public et des professionnels de la ville et du cinéma.
Aldo Bearzatto et Hervé Bougon, fondateurs

Conférence sur le doublage par Thomas Guitard et Geneviève Doang à Japan Expo Sud 2010

25/02/2010 par Morgan


La deuxième édition de Japan Expo Sud s’est tenue du 19 au 21 février 2010 à Marseille. Avec Univers partagés, nous étions évidemment présents pour couvrir l’événement. Et puisqu’un des leitmotiv de notre association est le partage, c’est tout naturellement que nous allons inviter nos lecteurs à revivre les temps forts de la manifestation tout au long de la semaine. Retrouvez ici, chaque jour à 12h, un nouvel article sur Japan Expo Sud !

Explorer l’univers du doublage, tel était le sujet passionnant auquel les spectateurs de Japan Expo Sud ont été conviés lors d’une conférence spéciale. Cette initiation était proposée par deux talentueux comédiens de doublage : Thomas Guitard et Geneviève Doang. Le premier est un directeur artistique français spécialisé dans le doublage, il a notamment travaillé sur les versions françaises de Wakfu, Gundam 00, Gurren Lagann, etc. La seconde est une comédienne de doublage qui s’est distinguée en interprétant Yoko dans Gurren Lagann, Soma Peries dans Gundam 00, Kuromi dans Animation Runner Kuromi, Dorothy dans MÄR,… “Cerise” sur le gâteau : ils assurent les voix off de NoLife. En fait, ils ne sont pas venus au doublage par hasard. Très tôt, ils ont eu un fort attrait pour cette activité, en témoigne leur participation dans la légendaire association GotohWan (structure qui a marqué de sa présence de nombreuses conventions en démystifiant le doublage via des animations sérieuses et ludiques). En devenant professionnels, ils ont finalement réussi à donner corps à leur rêve. Un parcours exemplaire !

La rencontre organisée à Japan Expo Sud a été scindée en deux temps : une phase de questions-réponses avec le public, puis des essais de doublage réalisés directement par des spectateurs. Une formule très séduisante, qui a permis d’illustrer les enjeux et les difficultés pour parvenir à un doublage réussi !

Thomas Guitard et Geneviève Doang sont notamment revenus sur les différences fondamentales entre les doublages en France et au Japon. Dans les studios français, rares sont les occasions où plus de trois comédiens sont simultanément présents pour réaliser une scène. En fait, pour faciliter la gestion du planning de chacun, les doubleurs viennent à tour de rôle enregistrer leur texte. Il est par exemple impossible de réunir, au même moment, les 15 ou 20 comédiens qui interviennent sur une même série. C’est au chef de plateau qu’il appartient alors d’assurer la cohérence du doublage : il est sensé bien connaître la série et préciser aux comédiens les principales caractéristiques des personnages et du scénario. Car quand un comédien arrive dans un studio pour doubler une série, il ne sait pas à l’avance le rôle qu’il va jouer - hormis si c’est un des personnages principaux, auquel cas un casting de voix aura été préalablement réalisé. Le chef de plateau lui présente le contexte de l’histoire, lui montre une ou deux fois la scène à doubler… Et l’enregistrement peut alors commencer ! Le doubleur a, en face de lui, un écran avec, d’une part, la vidéo de la scène et, d’autre part, la fameuse bande rythmo qui défile. C’est elle que le comédien doit suivre tout en incarnant véritablement le rôle qui lui a été attribué (d’où la nécessité, pour être un bon doubleur, de savoir jouer la comédie).

Un dispositif qui contraste très nettement avec le mode opératoire en vigueur au Japon. Là-bas, la bande rythmo n’existe pas. En fait, les comédiens reçoivent généralement à l’avance le texte qu’ils vont devoir enregistrer, le répètent chez eux, et viennent tous simultanément au studio de doublage. Contrairement aux doubleurs français, il n’est pas rare que les Japonais jouent leur texte sans regarder l’image. Cela se traduit par beaucoup de spontanéité et de dynamisme au niveau sonore. La contrepartie, c’est que, parfois, on entend des personnages parler alors qu’à l’écran, leur bouche ne bouge plus.

Malgré les différences qui subsistent entre les démarches françaises et japonaises, nombreux sont ceux qui, ces dernières années, ont remarqué de très sensibles améliorations dans les doublages français de séries animées. Pourquoi ? Thomas Guitard et Geneviève Doang pensent que la raison est à chercher du côté de l’arrivée de jeunes directeurs artistiques sur les plateaux. Ceux-ci ont grandi au contact du manga et de l’animation japonaise et savent en déchiffrer les codes (par exemple lorsqu’un personnage se transforme en S.D.). Ce qui n’est pas le cas des doubleurs ayant la cinquantaine ou plus. En outre, de véritables passionnés - séduits par l’animation japonaise depuis longtemps - sont arrivés “sur le marché”. C’est justement le cas des deux intervenants de cette conférence. Ainsi Geneviève Doang s’est investie sur la traduction d’un certain nombre des épisodes de Gurren Lagann. Un travail qui lui a permis d’aborder le doublage de l’héroïne Yuko avec une meilleure connaissance de cette oeuvre  !
 
Mais des difficultés demeurent : les ventes de DVD de séries animées japonaises chutent - sans doute à cause du piratage des médias vidéos sur Internet - de telle sorte qu’il y a moins de temps et moins d’argent attribué à la traduction, l’adaptation et le doublage de ces titres. C’est la raison pour laquelle un certain nombre de doublages sont désormais effectués en Belgique ou au Québec, où le tarif des comédiens est bien moindre. C’est le cas par exemple du doublage français de Naruto, réalisé en Belgique.
Les éditeurs cherchent donc à faire le maximum d’économies sur la production des versions françaises. Une situation parfois problématique, la qualité ayant un coût

Pour illustrer leur propos, Thomas Guitard et Geneviève Doang ont proposé au public de s’essayer au doublage d’une scène de l’anime Animation Runner Kuromi (qui dévoile justement les coulisses de la création d’un dessin animé au Japon). C’est ainsi que plusieurs spectateurs se sont lancés, dans une atmosphère conviviale et bonne enfant. La vidéo qui suit vous présente l’un de ces essais.

En France, on a longtemps critiqué le travail des comédiens de doublage sur les dessins animés japonais. Mais le contexte d’alors était bien différent. Nous avons désormais la chance d’avoir des doubleurs passionnés qui mettent beaucoup d’eux-même dans leur travail. Ils méritent vraiment que les spectateurs aillent au-delà de leurs préjugés et découvrent par eux-mêmes la qualité de la version française de Gurren Lagann, Gundam 00 ou encore Tales of Fantasia !

Pour aller plus loin :

Performance graphique de Benjamin à Japan Expo Sud 2010

24/02/2010 par Morgan

La deuxième édition de Japan Expo Sud s’est tenue du 19 au 21 février 2010 à Marseille. Nous étions évidemment présents pour couvrir l’événement. Et puisqu’un des leitmotiv de notre association est le partage, c’est tout naturellement que nous allons inviter nos lecteurs à revivre les temps forts de la manifestation tout au long de la semaine. Retrouvez chaque jour, à 12h, un nouvel article sur Japan Expo Sud !


S’il est un auteur de manhua (BD chinoise) largement reconnu en France, c’est bien Benjamin. Celui-ci a signé différentes BD publiées chez Xiao Pan, a eu l’honneur d’une exposition à la galerie parisienne Arludik et a travaillé sur le premier clip de la chanteuse française Jena Lee. Malgré ce foisonnement d’activités, il continue de venir deux fois par an dans l’Hexagone à la rencontre de son public. Il a profité de son passage à Japan Expo Sud pour proposer une performance graphique mémorable, dessinant sur tablette graphique tout en répondant aux questions de l’auditoire. En témoigne la vidéo suivante, dans laquelle un spectateur demande à Benjamin d’où vient son inspiration.

L’échange lui a permis de revenir sur son parcours. Ainsi il vient de la campagne et pense que cela l’a inspiré jusqu’aux couleurs “flashy” qu’il utilise abondamment dans ses dessins. Récemment, il s’est rendu compte que les gens vivant en ville avaient une existence très dure. De ce constat il a fait deux romans, publiés uniquement en Chine. Il planche actuellement sur une nouvelle BD, Saviour, prévue pour l’été 2010 en France. Mais également sur une série d’illustrations sur le mode de vie des jeunes filles chinoises, un travail à découvrir à l’horizon 2012. Il a même révélé l’origine de son nom d’artiste, “Benjamin” : il s’agit en fait du prénom du héros de The Graduate (Le Lauréat en France), interprété par Dustin Hoffman. Le film conte l’histoire d’un jeune adulte un peu perdu dans sa vie. Si Benjamin a pu se reconnaître, à une époque, dans ce personnage, il en est désormais bien loin : ses bandes dessinées sont éditées en France, mais également au Royaume-Uni, en Suisse, en Belgique, aux États-Unis, au Brésil, etc.

Quand on lui demande pourquoi il a commencé à publier ses œuvres en France,  il répond simplement que c’était une opportunité qui lui a été offerte. De plus, selon lui, les lecteurs français sont suffisamment curieux pour apprécier une BD un peu différente.


Mais Benjamin fait lui aussi preuve d’une grande ouverture d’esprit, en témoigne son envie de se frotter à différents médias : ainsi il se dit prêt à travailler sur un nouveau projet de jeu vidéo si on le lui proposait. Toutefois, il ne garantit pas qu’il s’investirait à fond car le coeur de son métier reste la bande dessinée. Mais c’est cette envie d’explorer de nouveaux territoires qui a déjà permis à la collaboration avec Jena Lee de voir le jour. C’est le manager de cette dernière qui est venu le voir dans un festival, en 2007, pour lui suggérer un travail en commun. Le projet était sérieux et a alors vu le jour, avec le succès que l’on sait.

Quels conseils Benjamin donnerait-il aux jeunes qui veulent se lancer dans l’illustration ? D’être âpre à la tâche, d’y dépenser beaucoup d’énergie car le dessin ne permet pas qu’on ne s’y investisse qu’à moitié.

Pour découvrir d’autres éclairages sur Japan Expo Sud :

Rencontre avec les auteurs des Chroniques de Player One à Japan Expo Sud 2010

23/02/2010 par Morgan

La deuxième édition de Japan Expo Sud s’est tenue du 19 au 21 février 2010 à Marseille. Avec Univers partagés, nous étions évidemment présents pour couvrir l’événement. Et puisqu’un des leitmotiv de notre association est le partage, c’est tout naturellement que nous allons inviter nos lecteurs à revivre les temps forts de la manifestation tout au long de la semaine. Retrouvez ici, chaque jour à 12h, un nouvel article sur Japan Expo Sud !

Player One… ces deux mots doivent rappeler bien des souvenirs aux fans de jeux vidéos et de mangas des années 90. Il s’agissait là d’un des principaux magazines sur le sujet. Il a vu le jour en 1990 pour s’éteindre en 2000. Entre temps, l’édition de manga en France avait commencé à décoller. Et de Player One avait émergé une maison d’édition spécialisée dans le domaine : Manga Player. Quand le bateau mère a coulé, tout semblait compromis. C’était sans compter avec l’énergie d’une partie de l’équipe qui a vite repris le flambeau et créé une nouvelle société dédiée à l’édition : Pika, racheté par Hachette en 2007, et devenu le 3e éditeur français de manga.

C’est cette histoire mouvementée, mais féconde que racontent Olivier Richard et Alain Kahn dans Les Chroniques de Player One. Cet ouvrage est l’un des tous premiers à décrire de manière documentée et structurée l’essor du jeu vidéo, du manga et des milieux éditoriaux afférents en France. Une initiative louable, qu’apprécieront tous ceux qui, comme moi, ont vécu ces années-là en tant que fan et qui désirent, désormais, en savoir plus sur les coulisses de l’époque ! Car nous sommes nombreux à avoir lu Player One dans notre jeunesse, à avoir été marqués par les rédacteurs qui signaient dedans (de Crevette à Milouse en passant par Iggy ou El Didou) et à avoir eu envie, à notre tour, de jouer un rôle actif dans nos passions. De fait, le livre aurait également pu s’appeler “Génération Player One” tant le milieu qu’il dépeint a profondément marqué les esprits.

À l’occasion de Japan Expo Sud, Olivier Richard et Alain Kahn se sont prêtés à l’exercice des questions-réponses avec le public. Ils ont ainsi évoqué deux décennies de jeu vidéo et de manga. Car Player One est né la même année que la publication du premier tome d’Akira dans l’hexagone par Jacques Glénat. C’était donc le tout début de la BD japonaise en France. Depuis, le manga a été le phénomène que l’on sait, en témoignent les chiffres de fréquentation d’un salon tel que Japan Expo ! Là où Japan Expo (Villepinte) et Japan Expo Sud totalisent, à eux deux, plus de 200 000 visiteurs, les deux principaux salons parisiens de jeu vidéo atteignent doucement les 80 000 entrées. Un différentiel qui montre bien l’engouement indiscutable pour la culture asiatique sous toutes ses formes.

Alors pourquoi n’y a-t-il pas plus d’émissions mettant à l’honneur les jeux vidéos et les mangas à la télévision ?“, demande alors un spectateur. Olivier Richard, qui a été directeur des programmes à Europe 2 TV puis Virgin 17, rappelle alors combien le jeu vidéo peut être perçu comme un concurrent de la télévision. Quel intérêt pour les grandes chaînes, dans ces conditions, d’évoquer un tel média ?
Il ajoute que les groupes tels que TF1/France Télévision/etc. visent en priorité la ménagère de moins de 50 ans… Une cible restée longtemps hermétique aux jeux vidéo, même si la Wii a fini par changer la donne !
Quant aux dessins animés japonais, Olivier Richard rappelle que les fans sont certes nombreux, mais cela ne garantit pas des réussites au niveau de l’audience. Un fait qu’il a malheureusement expérimenté par lui-même à Europe 2 TV. Seules des “marques” telles que Dragon Ball, Naruto, One Piece - titres qui ont déjà acquis une certaine renommée via leur format papier - sont bien reçus par le public. Avec la télévision, il est primordial d’identifier ce qui est véritablement grand public et ce qui ne l’est pas.

Face à la multiplication des supports numériques (smartphones et tablettes tactiles), il se pose désormais la question de l’évolution du marché de la presse et de l’édition. Selon Alain Kahn, la presse papier est d’ores et déjà condamnée à disparaître. Grâce à la popularisation des tablettes (sous l’effet, notamment, de l’iPad d’Apple), elle devrait avoir une occasion unique d’entamer une révolution complète… Ce qui, à terme, devrait donc conduire à l’émergence d’une presse enrichie (via des photos, de la musique, etc.).
En ce qui concerne les livres, Alain Kahn insiste sur la nécessité de distinguer ce qui est de l’ordre de l’instantané - la presse - de ce qui est durable - l’édition. Pour celle-ci, il prévoit un morcellement en trois types de médias. D’abord, le maintien des ventes des ouvrages abordables tels que les mangas, livres de poches et autres faciles à glisser dans un sac, à lire dans les transports en commun, sur la plage, etc. Ensuite, la multiplication de titres mêlant livres et objets (à l’instar de ces livres de cuisine vendus avec des ustensiles qui, depuis quelques mois, encombrent les rayonnages des librairies). Enfin, l’émergence de nouveaux contenus numériques (par exemple des bandes dessinées agrémentées de musiques et/ou d’animations). En la matière, l’avenir est donc à écrire. Avec beaucoup d’enjeux, tant dans la définition des créations digitales que dans l’émergence de nouveaux modèles économiques. Rendez-vous dans quelques années pour voir comment tout cela a évolué ? 

D’ici là, je vous recommande chaudement la lecture de ces passionnantes Chroniques de Player One !

Pour découvrir d’autres éclairages sur Japan Expo Sud :

Master class de Satoshi Urushihara à Japan Expo Sud 2010

22/02/2010 par Morgan

La deuxième édition de Japan Expo Sud s’est tenue du 19 au 21 février 2010 à Marseille. Nous étions évidemment présents pour couvrir l’événement. Et puisqu’un des leitmotiv de notre association est le partage, c’est tout naturellement que nous allons inviter nos lecteurs à revivre les temps forts de la manifestation tout au long de la semaine. Retrouvez chaque jour, à 12h, un nouvel article sur Japan Expo Sud !

C’est un fait que beaucoup méconnaissent, mais l’histoire de l’animation japonaise en France a été fortement marquée par Satoshi Urushihara, mangaka et chara-designer prestigieux invité de Japan Expo Sud 2010. Car c’est lui qui a donné naissance au design des personnages de La Légende de Lemnear, OAV d’héroïc fantasy du début des années 90. Cette œuvre fut la première éditée en VOSTF en 1995 par Anime Virtual, un éditeur qui, quelques mois plus tard, allait devenir Kaze.

Lors de la Master Class qui lui était consacrée, Satoshi Urushihara a montré l’impressionnante étendue de son travail, du jeu vidéo à l’animation en passant par le manga. Il s’est employé à expliciter ses questionnements, à défendre ses convictions et à expliquer comment il cherche à utiliser la quintessence de chaque support (cellulo, dessin numérique, etc.).

Les illustrations de Satoshi Urushihara sont aisément reconnaissables par leur niveau de détails. Un foisonnement source de bien des problèmes pour les studios d’animation avec lesquels il a été amené à travailler. En effet, pour animer des dessins aussi fins, il est nécessaire de s’adjoindre les services d’un nombre important d’animateurs… ce qui a une répercussion directe sur le coût de la production ! Sans parler des soucis techniques que représente, par exemple, un personnage dont la chevelure est composée de multiples teintes de blanc. Satoshi Urushihara prend ces difficultés à bras le corps. Ainsi, il travaille toujours dans l’animation. Récemment, il a notamment réalisé les génériques de fin de Ikkitôsen et Queen’s Blade, deux animations d’une minute et trente secondes sur lesquelles il a pu déployer toute la puissance de son trait.

Tout au long de cette rencontre, Satoshi Urushihara a mis en avant son goût pour l’expérimentation. C’est ainsi qu’il s’est longtemps concentré sur le dessin sur cellulo. C’est le cas d’un grand nombre des travaux qu’il a produits dans les années 90. Un domaine dans lequel il a révélé avoir créé ses propres techniques, par exemple pour réaliser la chevelure de ses personnages : mêler l’aérographe au cellulo. Sa réflexion va évidemment au-delà de la technique. C’est ainsi qu’il évoque, dans le court extrait qui suit, son intention quant à la composition d’une illustration de La Légende de Lemnear

Autre corde à son arc : il a su prendre le virage du numérique. Avec cette technologie, il tente d’aller dans de nouvelles directions et d’en identifier les limites.

Enfin, tout un pan de la conférence s’est focalisé sur son travail en tant que mangaka. C’est lorsque M. Urushihara travaillait sur La Légende de Lemnear qu’on lui a demandé de créer un manga à partir de l’anime. Une tâche difficile. Car si Satoshi Urushihara avait vu certains de ses aînés réussir brillamment dans la création d’un manga à partir d’un dessin animé, il n’avait - lui - aucune expérience dans le domaine. Et il ne pouvait compter, autour de lui, sur personne qui puisse l’aider dans cette tâche. Six bons mois ont alors été nécessaires à l’artiste pour trouver un angle d’attaque. Car il lui a fallu dépasser la différence essentielle entre dessin animé et manga : l’animation est une composition de dessins statiques qui créent le mouvement, alors que le manga doit, lui, donner l’impression de mouvement à partir d’un dessin définitivement figé.

La master class s’est terminée sur une très belle illustration numérique de M. Urushihara. Pour celle-ci, il a expliqué avoir eu envie de réaliser “quelque chose de typiquement japonais”. Quelle meilleure conclusion ce créateur aurait-il pu imaginer pour montrer son talent à allier la culture historique de son pays avec la modernité des dernières techniques digitales ?

Pour aller plus loin :
- Lumière d’Horizon
- Le Journal du Japon (à venir)

Le manga en bonne place au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême 2010 !

30/01/2010 par Morgan

J’ai souhaité donner une connotation japonaise à ma deuxième journée passée à Angoulême. Il faut avouer que le programme s’y prêtait particulièrement bien.

Aux alentours de midi, la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image (CIBDI) était le siège d’une rencontre avec Seiichi Hayashi, l’auteur d’Élégie en rouge (paru chez Cornélius). Le mangaka s’est montré particulièrement disert. Il faisait de chacune de ses réponses un récit à part entière. Il a ainsi retracé son parcours dans le monde du dessin et de l’animation. Passionné par l’image dès son plus jeune âge, il avait désossé l’appareil photo de son père pour en faire un banc d’animation sommaire. À l’issue de ses études, il a intégré Toei Animation. C’était le début des productions de séries animées à la télévision. À cette époque, le studio fondé par Osamu Tezuka, Mushi Production, était sur le point de diffuser à la télévision l’adaptation animée d’Astro Boy. L’animation (et la bande dessinée) semblaient ne pouvoir cibler que les enfants. Mais des magazines tels que Garô ont alors fait leur apparition. Seiichi Hayashi a expliqué combien ce magazine fut une révolution et une découverte pour la centaine d’animateurs qui travaillaient alors au sein de Toei Animation : il était bel et bien possible de faire de la BD pour adultes, avec la possibilité d’exprimer des choses totalement nouvelles ! À travers chacune des anecdotes de Seiichi Hayashi, on sentait bien qu’on avait affaire à un véritable témoin des révolutions successives qui ont touché le manga et l’animation japonaise.


Autre talentueux auteur présent à Angoulême : Makoto Yukimura (créateur de Planètes chez Panini Manga et de Vinland Saga chez Kurokawa), qui donnait une conférence sur son travail de mangaka. Pendant près de deux heures, le public a ainsi pu découvrir  comment se créé un manga, du pré-découpage réalisé par l’auteur pour évaluer le rythme de son chapitre aux planches finales en passant par le crayonné et l’encrage. Le mangaka de Planètes s’est notamment attardé sur certaines des spécificités de la BD japonaise, notamment les lignes de vitesse.

L’intervention était didactique, drôle et enrichissante. Makoto Yukimura a du recul sur son art et sait en parler avec passion et enthousiasme. Il a, par exemple, expliqué qu’en ouvrant des mangas publiés en dehors du Japon, il avait imaginé combien la tâche des lettreurs occidentaux était ardue : en effet, les Japonais ont coutume de faire des bulles très étroites, adaptées pour une lecture de haut en bas, et absolument pas pensées pour des textes écrits de gauche à droite. Mais Makoto Yukimura souhaite que ses oeuvres puissent être lues non seulement au Japon, mais aussi à travers le monde. De fait, il a décidé de faire des bulles homogènes, dans lesquelles il est aussi facile d’écrire de haut en bas que de gauche à droite, espérant ainsi faire amende honorable pour toute la profession qui a fait souffrir les lettreurs.


Autre preuve d’humour : Makoto Yukimura est très humble sur sa vitesse d’exécution. Il a ainsi expliqué qu’il lui fallait environ 3 heures pour réaliser une planche en crayonnés (une performance tout à fait honorable quand on voit le niveau de détails de ces crayonnés !). Un rythme qu’il imagine beaucoup plus lent que celui de Eiichiro Oda… “mais je pense que M. Oda ne doit pas avoir beaucoup de vacances. Je me considère beaucoup plus comme un fonctionnaire du manga !“, a-t-il alors ajouté. Plus tard, il ajoutera “ma philosophie, c’est de prendre le temps de faire les choses au maximum de mes possibilités. Pour un mangaka, la denrée rare, c’est le temps, et non pas les outils.

La rencontre s’est conclue par un jeu de questions/réponses avec le public. Makoto Yukimura a évoqué ses difficultés à convaincre les responsables éditoriaux de l’intérêt des thèmes qu’il a abordé avec Planètes et Vinland Saga. Pour ce dernier titre, il a justifié son choix de placer l’histoire à l’époque ultra-violente des Vikings : quel meilleur contexte aurait-il pu prendre pour mettre à l’épreuve et légitimer la philosophie d’un personnage refusant de recourir à la violence ? Enfin, il a évoqué les mangas qu’il apprécie, notamment One Piece. Mais surtout Ikkyu, de Hisashi Sakaguchi, sur lequel il paraissait intarissable. “En lisant cette oeuvre, j’ai découvert que le manga pouvait poser des questions non seulement essentielles, mais aussi existentielles.

Par ce propos, Makoto Yukimura a fourni un bel argument à tous ceux qui tentent de faire connaître la richesse de la bande dessinée japonaise au-delà des carcans. Une démarche que l’on retrouve  au cœur même du festival, grâce à l’exposition “Même pas peur des mangas !” au pôle Jeunesse logé au CIBDI. Une expo (réalisée par Julien Bastide, Matthieu Pinon et Meko) qui fera date et qui mérite d’être recommandée à toutes les bibliothèques de France !


Le manga est démystifié, à travers ses principaux genres : le manga pour adolescents, pour adolescentes et pour adultes. L’ensemble fourmille de bonnes idées : les principales caractéristiques du héros de shônen manga ou de l’héroïne de shôjo manga sont résumées via des silhouettes dédiées, un panneau synthétise des conseils de lecture en fonction de l’âge, l’habillage graphique met en avant les titres incontournables parus en France (avec, d’une part, les couvertures des mangas en question, mais aussi une fresque avec les visages des principaux héros de mangas), etc. Nul doute que les parents, après avoir lu ces panneaux, se sentiront plus à l’aise pour comprendre l’univers des mangas lus par leurs enfants !




Avec un tel foisonnement d’activités, qu’on ne dise plus que le manga est le parent pauvre du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême !

Aperçu du Festival International de la Bande-Dessinée d’Angoulême 2010

29/01/2010 par Morgan

Pour atteindre Angoulême, en ce premier jour de festival, il fallait braver brouillard et verglas. Des conditions climatiques qui donnaient l’impression d’évoluer dans une cité en plein milieu des nuages. Effets visuels garantis quand il s’agit, par exemple de découvrir des Tuniques Bleus sur la place de la mairie ! Petit aperçu de mes premiers coups de coeur.

Le Manga Building accueille une exposition sur l’un des plus grands shônen mangas de la décennie : One Piece. Avec des fac-similés des planches de deux chapitres, des reproductions des décors ayant servi à la série animée, des bornes de démonstrations des jeux vidéos sur Wii et un immense Tony Tony Chopper !


Le jeudi est généralement la journée la moins fréquentée. L’occasion d’obtenir quelques dédicaces auprès de jeunes auteurs sympathiques et dynamiques !

Par exemple, la talentueuse Miya. Celle-ci est l’auteur du très bon shôjo manga français Vis-à-Vis (chez Pika), que je ne peux que vous conseiller. Il s’agit là d’un des tous meilleurs mangas français, au même titre que Dreamland de Reno ou encore Pink Diary de Jenny !


Côté bande-dessinée chinoise, l’éditeur Xiao Pan propose en avant-première un superbe ouvrage collectif intitulé China Girls. On y retrouve les œuvres d’auteurs déjà croisés lors de précédentes éditions du festival (Rain, Ji Di, …). Mais on découvre également des nouveaux venus d’ores et déjà dotés d’un sacré coup de pinceau. C’est le cas par exemple de la jeune MaXin, présente sur la manifestation.


Fait marquant de l’édition 2010 : la place accordée à l’édition numérique sous toute ses formes. Preuve en est : un espace clairement identité y est désormais consacré ! Édition participative à la MyMajorCompany avec manolosanctis, visualiseurs iPhone proposés par AveComics! et autres initiatives autour du support numérique, les acteurs se multiplient au fil des ans. Le sujet est chaud et fait parler. Mais il est encore bien difficile d’imaginer la manière dont le secteur va (ou non) se développer au cours des prochaines années.


Cette première journée pouvait se terminer de différentes manières : cérémonie d’ouverture au théâtre d’Angoulême, projection de Yona, la légende de l’oiseau sans aile… Pour ma part, j’ai plutôt choisi d’aller faire un tour au vernissage de l’exposition Café Frappé (par l’équipe de Choco Creed). Une belle infusion de talents en tous genres ! À découvrir au plus vite !


Terminons sur une joyeuse anecdote : les trois membres fondateurs d’Univers partagés sont simultanément présents à Angoulême cette année. C’est un fait unique depuis la création de notre association ! Nous allons fêter cela comme il se doit. Et puisque l’un de nos objectifs est de promouvoir la création dessinée sous toutes ses formes, donnons un coup de projecteur sur nos collègues de BD Associées (stand F8, dans la bulle “Le Nouveau Monde”, espace BD Alternative) qui accueillent Rosalys en dédicaces de vendredi à dimanche, entre 13h et 15h, pour son artbook Cute Flowers.

La mangathèque idéale : conférence de Jean-Marie Bouissou à l’Espace Diderot de Rezé

20/01/2010 par Morgan

Dans le cadre d’une animation autour de la littérature et la bande-dessinée japonaise, la médiathèque de Rezé (44) accueillait aujourd’hui une conférence de Jean-Marie Bouissou, directeur de recherche à Science Po’, spécialiste du Japon contemporain et initiateur du Manga Network (groupe de recherche franco-japonais sur le manga). Le public avait répondu nombreux à l’appel, puisque plus de 50 personnes se pressaient pour découvrir - ou redécouvrir - le manga.

Jean-Marie Bouissou a décomposé son exposé en deux parties. La première s’est attachée à replacer la production de BD au Japon dans son contexte socio-culturel, à savoir que les Japonais ont une vraie culture de l’image dessinée. Le manga est un produit de consommation courante. Les tirages de BD sont sans commune mesure avec ce que l’on connaît en France. Si les tirages relatifs représentent annuellement, dans l’hexagone, 1 BD par français (comprendre par là qu’environ 60 millions d’albums sont ainsi imprimés chaque année), ils sont de 6 albums par Japonais !

L’universitaire est revenu sur le fort lien qu’a le manga avec l’actualité. En prenant par exemple le cas d’un des premiers mangas parus en France, dans les années 80 : “Les secrets de l’économie japonaise” de Shotaro Ishinomori, préfacé par Christian Sauter (devenu plus tard ministre). Ou encore le cas de ces titres relatant l’épopée de Carlos Ghosn à la direction de Nissan, ou la campagne victorieuse de Barack Obama à la l’élection présidentielle des États-Unis. Il a ensuite détaillé son propos via Ki-itchi!, un titre qui, dès son premier tome, confronte son jeune héros au problème des sans-domiciles fixes nippons. Un scénario très fortement ancré dans la réalité japonaise, avec un personnage qui grandit et évolue au fil des tomes. Voilà donc ce qui constitue une des caractéristiques de la bande dessinée japonaise !

Jean-Marie Bouissou a dès lors repris la plupart des clichés entendus autour du manga pour les démonter un par un. “Certes, le manga est violent, mais la société japonaise est violente“, a-t-il expliqué, présentant ainsi la BD comme un des moyens cathartitiques de soulager ces pulsions de violence. De même, “le manga peut être scatologique, mais les Japonais - de par la religion shintoïste et l’histoire de leur agriculture - n’ont pas la même relation aux excréments que les Occidentaux, excréments humains qui, pendant longtemps, furent le principal engrais.” L’orateur s’est attaché à montrer que tout cela constituait une facette tout aussi véridique du Japon que l’image d’Épinal des cerisiers en fleur. Et pour enfoncer le clou, il a repris les courbes montrant le nombre de meurtres et de viols aux États-Unis et au Japon : la comparaison est à l’avantage du Pays du Soleil Levant et ce, évidemment, en dépit de la violence pré-supposée de sa bande-dessinée !

Dans la deuxième partie de sa présentation, Jean-Marie Bouissou s’est consacré à la présentation des 12 titres qui, selon lui, constituent la mangathèque idéale. Des choix par lesquels il a voulu mettre en évidence la variété de la production japonaise, mais aussi affirmer ses propres goûts. Voici donc la liste des 12 mangas qui sont, selon lui, particulièrement dignes d’intérêt : Les Larmes de la Bête de Yoshihiro Tatsumi, L’Arbre au Soleil de Osamu Tezuka, Satsuma de Hiroshi Hirata, Stratège de Hideki Mori, Kenichi Sakemi et Sentaro Kubota, GTO de Torû Fujisawa, Rosario+Vampire de Akihisa Ikeda (un choix qui a de quoi surprendre !), Chobits de Clamp, Happy Mania de Moyocco Anno, Pink de Kyoko Okazaki, Nausicaä de Hayao Miyazaki, Galaxy Express 999 de Leiji Matsumoto et enfin Gunnm de Yukito Kishiro.

La rencontre s’est terminée par le jeu des questions/réponses avec le public. Des interrogations classiques (”pourquoi des grands yeux ? La BD japonaise est-elle segmentée ? Les dessinateurs japonais travaillent-ils avec des scénaristes ? etc.“) qui justifient pleinement que bibliothèques et médiathèques organisent ce type d’événement !

Aurore invitée de la 2e édition de Bulles de Mangas à la FNAC de Nantes mercredi 20 janvier à 17h30

18/01/2010 par Morgan

Dans le cadre de la deuxième édition de Bulles de Mangas le 20 janvier, nous aurons le plaisir d’accueillir Aurore, dessinatrice d’Elinor Jones (Éditions Soleil) et Pixie (Éditions Delcourt) !

Elle viendra nous parler de son travail sur Elinor Jones qui sera justement disponible en avant-première pour la rencontre.

Nous évoquerons aussi… ses autres projets en tant qu’illustratrice/dessinatrice, par exemple son travail régulier sur les affiches de Japan Expo. Un grand moment en perspective, tant Aurore est emblématique de cette jeune génération d’auteurs qui contribuent à l’intégration des codes du manga dans la BD franco-belge !

Rendez-vous mercredi à 17h30 à la FNAC de Nantes !

Photos et documents autour de la 3e journée Manga-tan : cosplay et conférence

02/11/2009 par Morgan

Vous pouvez retrouver dès maintenant photos et liens complémentaires concernant la 3e Journée Manga-tan qui s’est tenue à Nantes ce premier novembre sur la page Facebook d’Univers partagés. Je vous invite vivement à en devenir fan, de manière à être informés rapidement des retours de la presse sur cette journée, à découvrir des photos exclusives, etc. Nous allons mettre à jour cette page Facebook très régulièrement. Nous allons également proposer une compilation des différents liens vers les galeries photos qui seront publiées, ici et là, sur le web. Nous proposerons plus tard (le temps pour nous de faire le montage) une vidéo rétrospective de la 3e journée Manga-tan.

Nous avons battu notre record, tant en termes de fréquentation (plus de 1600 personnes pour le cosplay) que de participation (48 cosplayeurs - répartis en 10 participants au concours individuel, 6 groupes, et 3 passages en défilé libre - et 8 modèles pour le défilé Lilly Seekwet) ont foulé la scène de la Cité des Congrès pour cette édition. Merci sincèrement à tous - cosplayeurs, jury, public - pour votre présence et votre soutien à cet “événement dans l’événement” (je cite ici le directeur de la Cité des Congrès, lors de la soirée d’ouverture du festival) en partenariat avec la TAN.

Rendez-vous l’an prochain, pour une édition que nous essayerons de rendre encore plus belle !

Rebuild of Evangelion, ou la flamme ravivée pour une passion vieille de plus de 10 ans

02/11/2009 par Morgan

1. Evangelion est certainement, avec Albator et Dragon Ball, la série qui a eu le plus d’impact sur ma passion pour l’animation japonaise. C’est en 1997 que je l’ai découverte, d’abord par la grâce d’une K7 VHS (oui, je parle presque d’une époque que les moins de 15 ans n’ont pas connu) exclusive vendue avec le magazine Joypad, et qui contenait une dizaine de minutes de cette oeuvre qui faisait alors grand bruit au Japon. Puis par l’intermédiaire des K7 VHS de Dynamic Vision (devenu par la suite Dybex). C’est bien clair : rien n’a jamais égalé l’excitation précédant la sortie d’une de ces nouvelles VHS. Combien de fois ai-je pu passer chez mon revendeur de K7 d’animation japonaise pour lui demander si “le précieux” n’était pas arrivé ? En même temps, il y avait l’essor d’Internet (auquel j’ai eu accès la même année). Je ne peux m’empêcher d’essuyer une petite larme en me rappelant les débats enfiévrés, sur le newsgroup fr.rec.anime, qui suivaient la diffusion de chaque épisode sur C: (chaîne que je ne captais malheureusement pas). Et ce n’est pas tout à fait un hasard si un des premiers articles que j’ai écrits pour mon site web, en 1998, était dédié à cette belle œuvre.
Neon Genesis Evangelion, c’est vraiment la série qui m’a définitivement convaincu d’aller au-delà des titres de pur divertissement à la Dragon Ball ou Saint Seiya. C’est la série qui a accompagné la fin de mon adolescence, avec tout ce que cela peut impliquer comme effet “Madeleine de Proust”. Seulement, le projet Rebuild Of Evangelion (quatre films annoncés entre 2007 et 2011) ne joue pas seulement sur la nostalgie des fans. Il s’agit d’une véritable relecture de l’univers Evangelion. Susceptible de plaire tout autant aux vieux fans qu’aux adolescents de maintenant.

2. Pourquoi tenir à proposer Rebuild of Evangelion dans la programmation du festival Utopiales, manifestation à laquelle je collabore depuis 2006 ? D’abord parce qu’Evangelion est un des titres phares de la culture visuelle japonaise, comme avait pu l’être Gundam en son temps. Il s’agit d’un incontournable qui, en étant remis au goût du jour, méritait une mise en lumière toute particulière ! Surtout que Hideaki Anno et le studio khara (qu’il a fondé spécialement pour l’occasion) et Gainax ne se sont pas moqués de nous. Loin d’être une simple compilation de la série originelle, les longs métrages offrent beaucoup de matériau inédit, tant dans la forme (tous les plans ont été réalisés spécialement pour l’occasion, avec une finesse bien plus importante qu’à l’époque) que dans le fond (nouvelle psychologie de personnages tels que Rei ou Asuka, nouveau personnage, …).
J’ai réalisé dernièrement que, dans mon enthousiasme à proposer Evangelion dans le cadre de la journée Manga-tan, il y avait aussi la volonté de participer à mon tour à la popularisation de cette oeuvre culte. Peut-être y aura-t-il, au sein du public des projections d’Evangelion 1.0 et 2.0, des personnes qui seront durablement marquées par ces films et qui, dans une dizaine d’année, auront repris le flambeau pour promouvoir cette oeuvre - et plus généralement le manga et l’animation japonaise ?

3.  Si Evangelion 1.0 commençait par des scènes d’une très grande fidélité à la série télévisée d’origine (au point de faire dire à certains tristes sures que les storyboards de 1995 avaient resservi “tels quels”), il s’en écartait progressivement… pour proposer une relecture assez époustouflante du climax des épisodes 5 et 6 de la série animée à travers l’Opération Yashima. Evangelion 2.0 s’ouvre avec des scènes de la même intensité. On en viendrait presque à penser que, si le début d’Evangelion 1.0 était aussi académique, c’était pour rassurer des investisseurs parfois échaudés par l’imprévisibilité de Hideaki Anno. Il suffit de regarder les dix premières minutes du deuxième volet pour être complètement soufflé… le spectateur est alors complètement scotché dans son siège, à se demander ce qui pourra lui arriver ensuite.

4. Nombreuses sont, au final, les différences entre le 19 premiers épisodes de la série animée de 1995 et les deux premiers volets du projet Rebuild. Hideaki Anno et le studio khara ont bien compris qu’on ne raconte pas, en 2008-2009, une histoire de la même manière qu’on le faisait au milieu des années 90. Surtout quand on passe d’un format d’épisodes d’une vingtaine de minutes à des longs métrages de plus de 90 minutes. Si l’aspect feuilletonesque demeure du fait du découpage en 4 films (un côté pleinement assumé, comme en attestent les trailers à chaque fin d’épisode), chaque volet se devait de constituer un tout. Evangelion: 1.0 You Are (Not) Alone mettait en exergue le lien naissant entre deux personnages qui se croyaient définitivement seuls au monde, à savoir Shinji et Rei. Evangelion: 2.0 You Can (Not) Advance montre, quant à lui, combien ces deux adolescents - désormais rejoints par Asuka - évoluent, forts de leurs interactions les uns avec les autres. Les traits de caractère de chacun de membres de ce trio ont évolué, surtout du côté féminin. Est-ce à dire qu’en 2009, on dit plus les choses du coeur qu’en 1995 ? Une chose est sûre : les Asuka et Rei d’Evangelion 2.0 mettent beaucoup plus de mots sur leurs sentiments que leurs homologues de la série télévisée (pour accentuer cette différence, Asuka a même changé de nom !). Cette tendance est confirmée par un des fils conducteurs du film, un dîner que Rei souhaite offrir aux deux hommes de sa vie. Les rapports de “force” entre chacun des membres de ce trio sont très bien repensés, avec l’ajout d’une dimension romantique en partie absente de l’oeuvre originelle. Sur le sujet, on ne peut qu’apprécier la manière dont Anno joue avec les références que ne manqueront pas d’avoir certains spectateurs. Comment ne pas relever le recours à des musiques issues de Entre elle et lui, adaptation animée d’un shôjo manga de Masami Tsuda pour laquelle Anno avait réalisé deux épisodes complètement électriques.

6. Pour ceux qui aiment se creuser la tête sur les mystères d’Evangelion, terminons par un avertissement : ne prenez pas forcément au sérieux tous les éléments disséminés dans les trailers à la fin de chacun des films. En effet, le trailer d’Evangelion 2.0 proposé à la fin d’Evangelion 1.0 annonce la couleur : on y aperçoit deux scènes au final absentes du second opus cinématographique. La première nous montre Misato giflant Ritsuko (adaptation d’une scène apparaissant dans l’épisode 16 de la série, quand Misato et Ritsuko travaille sur une solution pour faire sortir l’Eva-01 et Shinji de la Mer de Dirac, un Ange qui l’a absorbé). La seconde présente la nouvelle pilote d’Eva, Mari Illustrious Makinami, en costume d’écolière (anglaise ?), en train de contempler des explosions en forme de croix : une scène qu’on retrouve dans l’épisode 2.0, mais avec un autre décor : d’une part, quand Mari observe l’explosion du troisième Ange au début du film (mais elle est alors en plug-suit) ou, un peu plus tard, quand elle regarde le GeoFront… là où la scène du trailer laisserait plutôt penser qu’elle assiste à l’attaque du dixième Ange, Zeruel.  Mais, concrètement, il n’y a rien de tel dans Eva 2.0. Se pose donc évidemment la question de savoir à quel point le réalisateur a déjà détaillé la trame des prochains films lorsqu’il prépare le trailer de ceux-ci. Le trailer d’Evangelion 3.0 donne-t-il un aperçu pertinent du prochain épisode ou, au contraire, nous mène-t-il vers de fausses pistes ? Quand je relis les paroles de “Beautiful World” d’Hikaru Utada (qui sert de générique aux deux premiers volets de Rebuild Of Evangelion, sous la forme de deux mix différents mais totalement similaires au niveau des paroles), je ne peux m’empêcher de penser que Anno nous prépare peut-être un aussi gros coup qu’à la fin de la série télévisée. Le mystère qu’il parvient à recréer attise - forcément - la curiosité.